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Le savoir qu’on ne scrolle pas : pourquoi certains coiffeurs refusent d’apprendre

Le savoir qu’on ne scrolle pas : pourquoi certains coiffeurs refusent d’apprendre

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J’ai assisté tout récemment à un évènement de coiffure où plusieurs marques présentent leurs technologies les plus récentes, leur méthode de travail la plus actuelle. À chaque année, bien que subtile, quelque chose change, que ce soit pour les outils, les produits ou la manière de vaguer le cheveu. La coiffure, comme toute pratique artisanale, évolue sous la pression de la mode, des technologies et des nouvelles sensibilités culturelles. Pourtant, selon les données les plus récentes de Soins Personnels Québec, si 84 % des coiffeurs s’engagent dans une démarche de formation continue après leur formation de base, une disparité persiste entre les travailleurs autonomes et les salariés (2022, p.71). Ce déséquilibre soulève une question qui me préoccupe : dans ce métier où l’on apprend autant par les mains que par les livres, comment se fait-il que la formation continue ne soit toujours pas une priorité pour plusieurs professionnels du métier ?

 

Dans un de ses articles, Emmanuelle Gril explique la place de la formation continue dans le développement professionnel. Selon la théorie sur laquelle elle s’appuie, les compétences du professionnel s’acquièrent à travers le modèle « 70-20-10 ». Plus exactement, « 70 % des acquis proviennent des expériences personnelles riches en apprentissages, 20 % sont issus des interactions avec les collègues, et enfin, 10 % découlent de formations structurées » (2025). Si la portion pour la formation continue demeure la moins significative, Gril rappelle que « c’est la combinaison de ces trois volets qui rend le développement professionnel à la fois riche, équilibré et durable » (2025). Dès lors, le 10 % ne peut pas être négligé du moment où il est vital à l’écosystème des compétences. Ainsi, le professionnel qui n’assiste pas à des formations aurait un développement déficitaire à 10 %.

 

Comme l’a démontré Christine Lavoie, les avancements technologiques se sont frayé un chemin dans la pratique du coiffeur, ce qui la dépouille d’une fonction strictement « artisanale » et lui ajoute une démarche plus normée (2013, p. 39). Du moment où les technologies se modifient, le coiffeur doit se mettre à jour pour atteindre les besoins de la clientèle qui sont eux aussi changeants. Néanmoins, cette mise à jour ne se fait pas seule : elle demande des espaces dédiés à la transmission des connaissances.

 

Les méthodes de se garder à la fine pointe des innovations abondent, mais je crois que la formation continue demeure une voie certaine. Si les réseaux sociaux donnent accès aux tendances et aux nouveaux développements technologiques, ils n’en constituent que des échantillons qui ne creusent pas les sujets. En effet, le format des réseaux sociaux, notamment pour Instagram, Facebook et TikTok, encourage la rapidité, ce qui laisse peu de marge au développement des idées. De plus, ce contenu peut parfois servir à la promotion et à l’engagement du public, sans que l’éducation en soit au cœur.

 

Plusieurs raisons retiennent les professionnels d’opter pour l’apprentissage « officiel ». Entre autres, Gril relève le manque de motivation, les expériences scolaires antérieures négatives et le manque de soutien de la part de l’employeur (2025). Ainsi, pour que le professionnel puisse s’enrôler, deux sphères doivent être comblées : d’abord, la personne doit manifester de l’intérêt et percevoir le cours dans un angle optimiste ; et ensuite, l’employeur doit motiver et fournir les conditions nécessaires à l’engagement de l’employé.

 

Dès lors, la question suivante demeure : pourquoi certains coiffeurs salariés sont-ils réticents ? Bien que les limites de cet article ne permettent pas de suggérer une justification, je pense qu’il est à l’avantage de l’employeur de faire sa part. Certains chercheurs rappellent que les employés d’un salon ne sont pas seulement appelés à exécuter le travail, mais à incarner aussi la marque de l’entreprise (Juul et Byskov, 2020, p. 371). Dans cette perspective, les coiffeurs sont une manifestation du système intrinsèque au commerce. Tout comme le design intérieur révèle la philosophie de la société, les coiffeurs l’affichent et la transmettent auprès de la clientèle. À cet effet, un salon où les coiffeurs n’assistent pas à la formation continue peut être interprété comme une entreprise où le développement des compétences des employés n’est pas prioritaire.

 

Ainsi, si la formation continue n’occupe qu’un pourcentage minime dans l’enrichissement d’une fonction, elle ne peut pas être négligée dans le domaine de la coiffure que la technoscience ne cesse de transformer. Malgré l’accessibilité accrue à l’information à l’ère digitale, les cours dispensés par les spécialistes restent une voie sûre pour intégrer un savoir réfléchi. Il reste à surmonter les défis qui s’imposent autant pour l’employé que l’employeur quand vient le temps de les insérer à l’horaire, des pistes sur lesquelles la recherche savante peut encore se pencher.

 

 Rédigé par Euniden Urias

 

Bibliographie :

 

Gril, Emmanuelle. (2025). La formation continue : un tremplin vers l’ascension professionnelle. Revue Gestion.

 

GROUPE DDM. (2022). Analyse sous-sectorielle de la main-d’œuvre du secteur de la coiffure, Rapport présenté à Soins Personnels Québec, 73 p. et annexe. Référence interne : 22-1603.

 

Juul, Ida et Hvitved Byskov, Louise.(2020). To be or not to be a hairdresser type?,  Journal of Vocational Education & Training, 72(3), p. 315-332.

 

Lavoie, Christine. (2013). La coiffure : un passage culturel? [Mémoire de maîtrise]. Université Laval.

 

 

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